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oct 10
2010
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En Ardèche, l'art fait son chemin...Posté par: David SEIGNOBOS dans Loisirs & Nature le 10 Octobre, 2010 Taggé dans: Développement durable
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Comme partout en Europe, les sentiers artistiques fleurissent en Ardèche. Les œuvres réalisées in situ invitent à s’initier à l’art contemporain, chemin faisant et à porter un nouveau regard sur les sites naturels revisités par les artistes. C’est tout l’enjeu du « Land Art », qui vise à explorer l’avenir possible des paysages soumis aux mutations de notre société qui ne cesse de se moderniser. Une aventure réussie, à découvrir pas à pas, au gré de quatre balades inspirées.
Les premières démarches artistiques en pleine nature naissent aux Etats-Unis dans les années 1960, sous le nom de « Land Art », l’art de la terre. Ses protagonistes dénoncent le « consumérisme » des œuvres en désertant les galeries et musées pour conquérir les espaces sauvages de l’Ouest Américain. Leurs œuvres inspirées par des formes élémentaires (comme la spirale ou le labyrinthe) manifestent l’emprise de l’homme sur le monde. Michael HEIZER déplace ainsi 240 tonnes de terre dans le Nevada, pour créer Double Négative. Walter de Maria plante un champ de pieux en acier qui attirent la foudre dans le désert du Nouveau Mexique.
Le mouvement gagne l’Europe. Des créateurs comme Nils UDO, Andy GOLDSWORTHY, Richard LONG ou Marinette CUECO utilisent davantage les matériaux éphémères qui composent la nature, avec le désir de rendre le promeneur sensible à ce spectacle…
Le paysage est désormais considéré comme une composante fondamentale du patrimoine naturel et culturel, dont il faut préserver la diversité.
« Faire vivre l’esprit des lieux »
Sous l’égide du département de l’Ardèche, de communes, d’associations et en collaboration avec le Parc Naturel Régional des Monts d’Ardèche, le réseau ardéchois « Art et Nature » a été créé afin de répondre à des enjeux concrets qui touchent les vallées cévenoles. L’urbanisation galopante, la déprise agricole et l’abandon des terres accélèrent aujourd’hui l’évolution des paysages, pourtant porteurs de mémoire et d’identité collective. Quatre sentiers d’art contemporain - Le sentier des Lauzes à Saint Mélany, Le domaine Olivier de Serres à Mirabel, Sur mon chemin, un artiste passe… à Jaujac et Le chemin des Cinq Sens à Saint Christol – invitent des artistes à émettre des propositions, à tisser des liens entre passé et avenir et à initier modestement un nouvel usage artistique à ces territoires, tout en tenant compte de leur spécificités.
Et les nouveaux usages des territoires entraînent de nouveaux paysages ! Sur Le sentier des Lauzes, une grangette a été restaurée afin de servir d’atelier aux artistes invités. Plus loin sur ce chemin qui parcoure la vallée de la Drobie, le Mexicain Domingo CISNEROS a bâti un long mur sur une pente anciennement cultivée en terrasse et y a scellé des lauzes dressées, autrefois utilisées pour couvrir les maisons, qui forment un amphithéâtre où se jouent des spectacles…
Entre un patrimoine passé à préserver et une nouvelle identité à concevoir, l’art contemporain s’est également frayé un chemin dans la Haute Cévenne Ardéchoise… Depuis 2002, le festival d’art éphémère Sur mon chemin, un artiste passe… qui a lieu sur la commune de Jaujac affirme la précarité des paysages à travers des créations provisoires. Si aucune thématique n’est imposée, les œuvres doivent faire écho à l’histoire du pays. Près du pont du Chastelas, à l’emplacement d’un ancien moulin, Martine LAFON a rendu hommage au passé industriel en créant L’enclos à graines de Yokohama, qui évoque l’épopée du ver à soie rapporté d’Asie.
D’autres comme Bruno NURY ou Pascale PLANCHE ont investi le Volcan de Jaujac pour mettre en relief l’identité géologique des Cévennes.
« Apprendre à voir »
Espaces de réflexions et d’expériences, les sentiers artistiques servent aussi d’outils pédagogiques. Dans Le Domaine Olivier de Serres, sur les anciennes terres du célèbre agronome, lieu de mémoire, les artistes conçoivent des œuvres pérennes avec la participation de scolaires. Ils y confrontent créations contemporaines et enjeux agricoles. Au cœur d’une chênaie séculaire, la spirale en pierre de Marc BARBARIT, véritable « machine à voir », valorise un point de vue sur le village de Mirabel.
Tandis que l’œuvre de Christophe GONNET baptisée Verticalité horizontale questionne notre propre perception du paysage, nous entraînant d’une tranchée creusée dans la terre à un belvédère ouvert sur le vide.
En constante évolution, le paysage se construit ainsi par le regard et l’action de l’homme. Comme à Saint Christol, où Guy CHAMBON, artiste plasticien, nous invite, sur Le chemin des Cinq Sens, à parcourir les montagnes de son enfance. La tempête de 1999, qui abattit des arbres plantés avec son grand père, le décide à construire, à l’aide de branches cassées, des tipis, des cabanes, des totems, voire des nids « en souvenir de ces oisillons récupérés dans le souci d’un dressage impossible ».
D’autres artistes se joignent à l’aventure. La nature leur sert de refuge et d’inspiration pour des créations plastiques, littéraires et musicales qui éveillent les sens et donnent également un sens à la vie.
Il ne reste plus qu’à suivre ces parcours inédits, en laissant une large place à la rêverie et à la contemplation, à la poésie ou à la réflexion… En Ardèche, territoire de passages et d’échanges, l’art fait son chemin.

